#1 2016-05-13 19:22:06

lulublue
Colonel

Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Coucou à tous! Le commentaire de La_mascotte m'a sortit de ma torpeur. Voilà une semaine que j'essayait de me remettre à écrire la seconde fic que j'ai commencé, mais... Je n'y arrive décidément pas. J'ai donc laissé ça de côté et je me suis mise à écrire... autre chose. Peut-être que ça me débloqueras? En tout cas je posterais ici tous les petits textes solitaires qui me viennent et qui n'ont pas de rapport avec l'une ou l'autre fic plus longues.

Le premier texte est un drabble de 100 mots, inspiré par la question de Juju ici.

lulublue a écrit :

Sera-t-elle belle ? Oh, Amélie y aura sans doute veillé, en l’emmenant dans un magasin de Washington. Bien sûr, il n’avait pu voir la robe.
Georges balaya du regard l’assemblée. Il y avait beaucoup d’uniformes. Il repéra son père, qui s’était assis au premier rang, avec sa sœur qui prenait place entre le colonel et le capitaine Stilman. Celui-ci semblait au moins aussi stressé que lui. Au second rang, il voyait le sergent rougissant n’avoir d’yeux que pour Amélie, et le caporal qui lui adressait un sourire moqueur.
Les portes de l’église s’ouvrirent, et soudain, il n’y eu plus qu’Abigaïl.

Le second texte me trottait en tête depuis le début de la rédaction de "Une peur bleue", mais je ne pouvais pas vraiment y intégrer cette idée.

lulublue a écrit :

Un cheval ne crève pas…

Il y avait là des étables et, au fond de l'une d'elle, couchée dans le foin, une vieille jument. La porte à battant était ouverte, elle aurait pu sortir, vagabonder un peu dans le petit pré entouré de clôtures... elle en avait l'envie, mais plus vraiment la force. Le soleil était déjà haut dans le ciel, bientôt il tournerait et elle ne serait plus protégée par l'ombre des planches de bois qui s'étiraient paresseusement sur sa robe grise mouchetée. Alors, elle se rappellerait les matins d'été, lorsqu'elle n'était qu'une pouliche, à gambader dans la ferme, les courses dans les plaines arides autour d'un fort perdu près des territoires indiens, les enfants qu'on faisait monter sur son dos pour qu'ils apprennent à se tenir droit sur un cheval... Elle se remémorait même avec une certaine nostalgie les charges de la cavalerie auxquelles elle évitait toujours de se mêler.

Soudain, une ombre passa dans l'embrasure de la porte. Levant la tête, le cheval fatigué regarda avec bonheur son maître s'approcher. Elle hennit doucement lorsque celui-ci passa sa main dans sa crinière pour la brosser et tapota son flanc avec tendresse. « Voila bien longtemps qu'on ne s'était pas vu, ma vieille... » Elle avança sa tête pour lui donner un coup sur l'épaule. « Tu es vexée? Pourtant, je t'ai toujours appelé comme ça, mais maintenant, tu es vraiment vieille. » Elle posa sa tête sur ses genoux, car il s'était accroupi pour mieux lui faire face. « En passant, j'ai vu l'un des gamins de Chesterfield monter sur un cheval qui te ressemblait. L'un de tes descendants? » Oh oui. C'était sans doute Queen, l’aîné s'était fort attaché à elle. Toutes ses filles étaient restées auprès d'elle.

Pendant un temps, son maître ne dit plus rien. Il était presque exactement tel qu'elle l'avait vu la dernière fois: petit et malingre, presque chauve et affublé de ses galons de caporal brodés sur sa tunique bleue.
« J'ai bien fait de te laisser ici. Tu as du être heureuse. » Si elle avait pu lui lancer un regard de reproche, elle l'aurait probablement fait. Mais elle se sentait de plus en plus fatiguée, et ses yeux s'étaient clos pour profiter des caresses qu'il lui prodiguait au sommet de sa tête.

Suivant le fil mystérieux de ses pensées, il reprit une phrase qu'il n'avait même pas commencé. « ...me rappelle que Plume-d'Argent disaient que les braves guerriers chevauchaient dans les plaines du grand manitou après leurs morts. Ton paradis y ressemblera peut-être... » Il fit une pose. « Mais je me demande, et les cavalier qui s'en vont sans leurs montures? Sont-ils les fantassins des plaines du grand manitou? » Il rigola doucement.

L'autre porte grinça et Chesterfield entra dans l'écurie. Derrière lui trottait une petite fille au visage constellé de taches de rousseurs, qui reniflait.
« Elle était... snif... comme ça quand je l'ai trouvé ce matin. D'ha... d'habitude, elle se lève, mais là... »
La main du grand homme vint se poser là ou était celle du plus petit quelques instants plus tôt. Arabesque détourna la tête : Blutch c'était volatilisé.

« Elle est brûlante. Anna, va appeler ta mère, et dit-lui de verser un grand seau d'eau fraîche. Ton frère le portera.
-Oui, 'pa! »
La petite fille ressortit. La jument l'aimait bien et elle garda son regard fixé sur la porte, espérant voir revenir la petite ou, peut-être, son maître.

« Je ne pense pas que ce seau d'eau te seras très utile, mais pour au moins te rafraîchir... » Chesterfield soupira. « Ah, ma vieille. Tu mérites ce surnom, maintenant. » Elle avait déjà entendu cette blague et ne réagit pas. « Je ne sais même pas quel est ton âge, on aurait du le demander à ton éleveur, à l'époque. »

Il posa sa tête contre le cou de la jument. « C'est aujourd'hui que tu me quittes? » lui demandât-il d’une voix plus grave. Elle hennit doucement. « Je sais. Si tu le croises, salue ton maître pour moi. »

Lorsque l'ancien sergent quitta l'écurie, son fils arrivait, chargé d'un seau d'eau, suivit de sa femme à la mine inquiète et de leur dernière fille, qui pleurait maintenant à chaudes larmes.
« Tu peux poser ton seau, fiston. Viens plutôt avec moi, il nous faudra des pelles. » Il embrassa son épouse. « Fait rentrer Anna. »

Quelque part, ailleurs pourrait-on dire, un cavalier enfourcha sa monture.

Dernière modification par lulublue (2016-07-22 22:18:35)

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#2 2016-05-13 22:34:53

la_mascotte
Lieutenant

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Content de m'être rendu utile en te sortant de ta torpeur wink

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#3 2016-05-13 22:53:52

juju
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Très bon textes, ça change et je trouve que c'est bien qu'il ne se passe pas tout le temps la même chose.
Par contre, le titre ( un cheval ne crève pas ) tu l'as choisi comment? Moi ça me rappelle une réplique dans un album, je ne sais plus exactement lequel ( Stark sous toutes les coutures, je crois ), où justement un soldat disait qu'un cheval crève et Blutch le reprend sur le therme pour lui dire qu'un cheval ne crève pas mais il meurt.

Sinon, tu écris toujours aussi bien

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#4 2016-05-13 23:05:04

lulublue
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Oh mon dieu, j'ai cherché dans plusieurs tomes pour retrouver cette réplique. Je croyais que c'était dans Arabesque, je ne pensais pas que c'était dans Stark sur toute les coutures. Bravo pour avoir trouvé la référence! Car oui je songeais à cette scène en choisissant le titre. J'adore ce passage, Chesterfield et Blutch finissent par s'énerver sur le gars pour la même raison, mais pas en même temps.
Merci pour vos encouragement à tous les deux!

Dernière modification par lulublue (2016-05-13 23:08:15)

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#5 2016-05-14 08:28:37

juju
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Moi aussi j'adore ce passage, il est tellement marrant. Et pour la référence, j'avais aussi songer à Arabsque au début, ce qui paraissait logique, mais mon intuition m'a fait changé d'avis wink

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#6 2016-05-15 14:46:15

juju
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Tu viens de me donner une idée de drabble. Bon je sais c'est que c'est pas très inventif, mais j'avais pas d'autres idées et c'est assez facile à écrire en drabble. C'est le mariage de Chesterfield et Amélie.
Et j'aimerais bien avoir ton avis sur mon texte. Pour que je puisse m'améliorer.
  Alors merci d'avance.



     Chesterfield se tenait debout au milieu de la grande salle. Sur sa droite,  le caporal Blutch lui disait quelque chose qu'il n'arrivait pas à cerné. Il allait lui demander de répéter, lorsque l'assemblée se leva accompagnée par le piano qui entamait les premières notes d'une mélodie qu'il connaissait bien.
      Les portes de l'église s'ouvrirent, laissant apparaître Amélie, dans une magnifique robe blanche. Bras dessus bras dessous, son père l'emmena jusque devant l'autel. Elle se tourna alors vers le sergent et lui offrit son plus beau sourire. Le sergent voulu le lui rendre, mais le prêtre entama alors son discours.

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#7 2016-05-15 18:39:03

lulublue
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Pour un premier drabble c'est très réussi! C'est le pendant parfait du mariage de Georges et Abigaïl. On ressent bien le côté "à l'ouest n'arrivant pas à saisir l'ampleur de ce qu'il lui arrive" de Chesterfield.
Vraiment c'était vraiment bien, je t'encourage à continuer smile

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#8 2016-05-15 18:58:05

juju
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Merci beaucoup pour tes encouragements. Et peut-être qu'un jour j'arriverais à écrire un longue histoire (qui tient la route, bien sûre).

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#9 2016-05-20 19:08:06

lulublue
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Ces temps-ci, on voit beaucoup de militaires patrouiller à Bruxelles et ailleurs en Belgique (en France aussi j'imagine). En en voyant deux faire le pied de grue à l'entrée du Parc Royal, je me suis demandé comment Blutch et Chesterfield s’accommoderaient de cette situation. Je comptais en faire un texte dessus, puis je me suis rendu compte que c'était très visuel (notamment la description de l'uniforme de l'armée belge), j'ai laissé tombé pour essayer de gribouiller un petit dessin... que j'ai intégré à une photo du Parc Royal. Attention, c'est pas du grand art.

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#10 2016-06-09 19:54:57

lulublue
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Sur l'idée de périodes alternatives... Voici 4 petits textes, un par saison, un par guerre (en fait deux sont plus ou moins à la même période mais bon) durant laquelle  l'armée américaine a été impliquée. J'ai préféré évoquer des guerres avec conscriptions, car je ne me vois pas justifier la présence de Blutch autrement que contraint est forcé sur les différents champs de bataille.



lulublue a écrit :

Les sons (Printemps 1918)


Il n’entend plus vraiment les balles qui sifflaient au dessus de sa tête. Ah, sa tête… Elle lui fait mal depuis tellement longtemps qu’il préfère l’oublier. Il préférerait entendre à nouveau la machine à coudre de son père, et Dieu sait à quel point cela l’énervait, à l’époque.
Il savait ce que disaient les pauvres gars sous ses ordres. Stark ? Le capitaine Stark ? On est foutu ! Y’a pas pire psychopathe dans toute l’armée américaine ! Il vous envoie au charnier sans crier gare ou en criant trop, et aucun sentiment ne parait dans ses yeux vides.
Les balles ne le détournaient pas de sa lecture ; une lettre de sa chère maman, et aussi une lettre de Frank, ce brave copain qui avait perdu une main lors de l’une de leurs premières bataille.
Il y a des jours, il voudrait aussi avoir une main en moins et être loin d’ici. Mais il ne le dirait pas, il avait une réputation à tenir.
Alors, pour tromper sa frayeur, il fonçait vers l’ennemi. Il savait que dans son dos, ses hommes tremblaient, et ce fichu caporal levait les yeux au ciel, mais il était comme ça. Il espérait juste qu’en faisant trembler l’ennemi en premier, il n’aurait pas le temps d’avoir peur.

lulublue a écrit :

Les mouvements (Été 1944)

La barque tanguait dangereusement au rythme de la houle, et le visage du sergent assis en face de moi pâlissait sous ses cheveux roux. Je lui demandais, plus par bravache que par taquinerie, s’il avait le mal de mer. Un regard assassin me répondit, et je préférai détourner les yeux, pour tenter de percer la brume qui nous séparait de la vue du vieux continent. Il était malade de peur, moi aussi, et aucuns de nos camarades n’en menait large.
Je m’en étais toujours sortit par la fuite. J’avais réussis à échapper au front du Pacifique, pour mieux me retrouver sur cette fichue plage normande sans aucune issue. C’était la noyade dans l’eau, le déchiquètement de la chair sur la plage ou, pire, l’explosion d’une mine sous notre barque, ce qui ajouteras le déchiquètement à la noyade.
Des bunkers se dessinèrent le long de la côte. Bientôt, ils nous verrons.

lulublue a écrit :

Les couleurs (Automne 1965)

Il avait probablement du acheter ces marqueurs de couleurs dans un bazar quelconque de Saïgon. Ils n’étaient pas très bons, mais il parvenait quand même à en tirer quelque chose, en l’occurrence, beaucoup trop de fleurs et de symbole de paix sur les casques du trois quart des soldats de notre unité à mon gout.
Quand je lui avais fait remarquer que son comportement était antimilitariste, surtout pour un caporal, Blutch m’avait sourit, l’air de dire « Mais, précisément, sergent, précisément. »
Dans les faits, il n’avait rien répondu, mais c’était tout comme.
J’en vins à surveiller mon casque le plus possible et à le mettre sous clef quand c’était nécessaire. Si certains réclamaient ces dessins (et lui offrait même de nouvelles couleurs pour cela), il avait réussi à faire fleurir le casque du capitaine Stark, qui, doit-on l’avouer, n’avait pas beaucoup réagit.
Le capitaine Stilman avait réclamé un logo coca-cola, en échange de quoi il fermait les yeux. Il n’oubliait jamais de changer de casque lorsqu’il allait faire son rapport aux grandes pontes, qui ne s’aventuraient pas très souvent sur le terrain. C’est ainsi que les fleurs bien de chez nous s’épanouissaient dans la jungle humide et que les logos américains voyageaient de villes en villes.
Si je ne connaissais pas ses intentions, je crierais au génie pour invasion culturelle massive.

lulublue a écrit :

Les odeurs (Hiver 1944-1945)

Au loin, le feu de bois devait réchauffer un foyer. Rien que l’odeur réchauffait leurs cœurs, eux qui regrettais leurs-chez eux plus que tout. Mais les corps, eux, postés dans la neige au cœur des forêts ardennaises, dans l’attente du combat, demeuraient gelés et fourbus.
La ration était infecte, et les deux soldats postés sur une vieille souche se contentèrent de la renifler avant de l’enfouir dans un petit trou creusé à la hâte dans la neige.
« J’avoue que je ne m’attendais pas à des vacances à la plage en étant mobilisé, et pourtant, on a été servis…
-Blutch…
-Mais les vacances à la neige, vraiment, c’est trop ! Il faudra écrire au Président pour le remercier.
-Blutch ! »

Dernière modification par lulublue (2016-06-09 19:58:07)

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#11 2016-06-10 11:28:26

juju
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

J'adore. Tu écris très bien et je trouve que tu as aussi de très bonnes idées de textes. C'est cool que tu poste tes textes sur le forum. Alors, merci...

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#12 2016-06-10 23:11:30

lulublue
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Merci à toi! J'espère que tes examens se passent bien au fait smile
Aaah les idées... j'avoue que ça, ça va, j'ai du stock, mais de là à les réaliser... c'est plus dur...
(Au début je n'avais écris que sur la guerre du vietnam et, revenu au pays, Blutch aurait foncé à San Francisco pour devenir hippie. Mais il n'a pas assez de cheveux pour ça.)

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#13 2016-06-11 07:24:39

juju
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Déjà merci pour mes examens. Et sinon les perruques ça existe ?

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#14 2016-06-11 19:35:33

lulublue
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Oui mais je trouve que ça choque sur lui (dans "Indien mon frère" par exemple).
Et tout à fait honnêtement, c'est surtout que je n'ai pas réussis à aller au bout de mon idée ^^'

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#15 2016-06-13 20:04:44

lulublue
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Hier c'était la fête des pères (en Belgique), j'avais préparé ça et... Je suis restée scotchée sur les mauvaises nouvelles à la télévision et je n'ai pas pensé à le poster.
Deux petits textes, qui se suivent à quelques jours près.

lulublue a écrit :

Trop

Chesterfield se souvenait de la fois ou il avait du aider une femme à accoucher alors que les reb’s tentaient d’attaquer le camp des protégés de Lincoln. Il avait gravé ces instants dans sa mémoire, et pourtant, il était tout à fait désemparé à cet instant.

« Ce n’est pas mon premier enfant. » se dit-il tout haut, pour se donner du courage. « Ce n’est même pas la première fois que je dois aider seul une femme à accoucher. »

Mais cette fois, c’était sa femme, et si Blutch avait réussis à contenir les confédérés à l’époque, il n’était même pas là pour occuper ses autres enfants qui voulaient absolument voir ce qui se passait. Ils piaillaient derrière la porte, impatients.
La voix de son ainé lui parvint depuis les escaliers : « P’pa ! Le docteur arrive ! »

Soupirant de soulagement, il vint chuchoter à l’oreille d’Amélie la bonne nouvelle – surtout pour lui.

Recevant une claque bien sentie sur la joue, il s’enfuit pour laisser la place au médecin et trébucha sur les jumeaux qui regardaient dans l’embrasure de la porte – Non, vraiment, il se serait bien passé d’un cinquième…


Pas assez


Blutch marchait dans l’air déjà chaud du matin. Il avait quitté la famille heureuse – et un peu plus nombreuse – après le petit déjeuner. En se dépêchant, il pourrait rouvrir le bar avant midi.

Il n’arrivait pas à déterminer qui d’Amélie ou de Cornélius semblait le plus épuisé… Et tout cela le rendait mélancolique. Il ne comptait plus les baptêmes auxquels il avait assisté, parfois même comme parrain, ou simple invité. Et aucun enfant ne venait égayer ses années et remplir sa vie, ni même aucune épouse avec qui faire cet enfant. Était-ce parce qu’il avait grandit sans famille qu’il était incapable d’en construire une ?

Il pressa le pas et arriva en ville au milieu de la matinée. Mais ses réflexions le menèrent encore plus loin, sur un chemin qu’il évitait le plus souvent possible. Un vieux chemin boueux, une grille grinçante et une porte délabrée, et, au bout de tout cela, un orphelinat poussiéreux.

Sa décision était prise : il ne quitterait pas cet endroit sinistre sans un enfant à qui donner une seconde chance – et ce trop-plein d’amour qui jamais ne tarirait.


Je pensais beaucoup aux tomes "Les planqués" et "Baby Blue" en écrivant ça.

Dernière modification par lulublue (2016-06-13 20:06:07)

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#16 2016-06-16 10:34:51

juju
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

toujours aussi douée, à ce que je vois wink

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#17 2016-06-16 19:01:44

lulublue
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Merci big_smile
Je suis en train d'écrire la fic dont j'avais eu l'idée (j'en suis au chapitre trois), mais je prend mon temps, j'avoue. Tellement que je pense attendre l'avoir vraiment finie pour la poster.

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#18 2016-07-22 20:57:50

lulublue
Colonel

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Je n'ai plus du tout avancé dans l'autre fic, et je l'abandonne officiellement. En attendant, voici une suite de très courts textes.
Ils ont une particularité: chaque court texte est inspiré par une chanson, une chanson de mon album préféré, mais pas tant par le titre ou l'ambiance de la chanson, mais par une phrase issue des paroles qui m'inspirait particulièrement.
Vous retrouverez les phrases à la fin, ou bien vous pouvez les deviner en allant écouter les chansons!
Chaque titre de texte est celui de la chanson (n'ayez pas peur si le texte à propos de Cancrelat s'appelle "Crazy Love Vol II", d'accord?) Ce n'est pas la première fois que je m'impose ce défi, et c'est très amusant, j'avoue.

Je vous laisse avec de la world music servie sur un plateau à microsillons par le grand Paul Simon: l'album Graceland.



lulublue a écrit :

The boy in the bubble


La ligne de front s’éclaire dans la nuit, et, de loin, c’était comme si un orage s’abattait sur les troupes. Une attaque de nuit ! C’était l’idée d’Horace, et ça lui avait semblé une bonne idée, sur le moment. Il frissonna.
Pendant quelques jours, il ne trouverait pas le sommeil, se demandant à tout instant si les confédérés n’allaient pas leur tomber dessus en pleine nuit. Ce serait un juste retour des choses, et, dans sa position de Général, il ne serait même pas en première ligne.
Et s’ils brulaient le QG ?
Ne voulant plus y penser, Alexander se tourna vers le ciel pour regarder une constellation lointaine.

lulublue a écrit :

Graceland

La route est bien longue, plus pour moi que pour le p’tit, en fait. Mon compagnon de voyage a neuf ans et c’est lui qui vole les poules – et j’ai beau lui dire que ce n’est pas bien, ce n’est pas moi qui rapporte de quoi faire bouillir la marmite.
Certains jours sont remplis de remords. Cette vie de vagabond, de hobo, est-ce bien ce qu’il y a de mieux pour un enfant ? Mais… un après-midi, alors qu’il fait le pitre sur un gros rocher un peu plus loin sur la route, il glisse.
Ouf, il n’a rien de cassé ! Mais un hématome fleurit sur son genou. Il hausse les épaules, ne pleure même pas. Il a connu bien pire, et quand je l’ai enlevé de cette antichambre de l’enfer, les bleus étaient encore le moindre de ce qu’il avait pu y récolter.

lulublue a écrit :

I know what i know

L’autre jour, un soldat de notre unité, le 22ème de Cavalerie – tiens, je ne l’ai pas revu depuis, j’espère qu’il va bien – m’a demandé pourquoi je ne prenais jamais de permission. Que répondre à cette question ? Que je n’aurais même pas le temps d’arriver à la mi-chemin que l’autre lâche en aura profité pour se faire la malle ? Je n’allais quand même pas l’emporter en perm’. Une perm’, c’est pour se reposer, pas pour jouer les nounous.
Que le 22ème de Cavalerie était toujours en manque d’homme et qu’à moins que Stark ne se retrouve à l’infirmerie, je n’aurais même pas le temps de faire mon paquetage avant qu’une autre charge ne soit donnée ?
Ou alors, que, quelque part à l’arrière de ma tête, il y a la silhouette de Charlotte que je n’ai vraiment, mais vraiment pas envie de croiser ?

lulublue a écrit :

Gumboots

« Vous savez dans le fond, Sergent, vous ne pourriez pas vous passer de moi. »
C’est la meilleure manière pour lui faire prendre une couleur intéressante : le taquiner en énonçant une stricte vérité.
Il devient rouge, puis cela tire vers le violet. Autant vous dire que cela jure gravement avec ses cheveux roux.
Puis il se dégonfle sans même exploser. Tiens ? C’est frustrant. J’ai envie de m’amuser aux dépends de Chesterfield, et je ne vais pas me gêner.
« Ma vie à l’armée serait tellement plus simple sans vous. Je serais peut-être déjà lieutenant.
-J’ai essayé, ce n’était pas si extraordinaire, comme grade. Et puis, l’armée, vous n’étiez pas forcé de m’y traîner ! »
Il haussa les épaules. « J’avoue ma faute, et croyez-moi, je l’expie depuis que je dois vous supporter.
-Vous ne pensez pas que vous pourriez m’aimer, Sergent, mais moi, je pense que si. »
Oh, quelle belle teinte blanche ! Ses taches de rousseurs n’en ressortent que mieux. Hum. Il serait peut-être temps de prendre la tangente…

lulublue a écrit :

Diamonds on the soles of her shoes

Tous les soirs de la semaine, Amélie danse dans les bals, Amélie porte des belles robes. Elle va prendre le thé chez sa belle-sœur le vendredi après-midi, et elle se déplace dans une belle diligence pour traverser Washington. Elle est riche, et elle ne cherche pas à le cacher.
Le dimanche, elle est également invitée pour diner chez son frère, sauf si celui-ci est en meeting politique. Elle couvre de joujoux ses neveux et nièces, et, lorsque le frère d’Abigaïl est de passage, elle lui demande de raconter des souvenirs de guerre.
Elle n’a pas connu le front à proprement parlé à Fort Bow, mais les soldats, l’ambiance des plaines, et les visites des Indiens lui manquent. Elle se souvient des bêtises de Tripps et de Bryan, des retours de Plume-d’Argent de ses patrouilles, de son faux mariage avec Blutch et même des joues rougies de Chesterfield avec une certaine amertume. Ce n’était pas une vie pour une jeune fille, mais c’était la vie qu’elle aimait.

lulublue a écrit :

You can call me Al

C’est toujours étrange, ces rues vides, mais ou qu’on aille, qu’on recule, qu’on avance, qu’on prenne du terrain ou qu’on en perde, il y a toujours un village abandonné à cause de la guerre. Et on y entre comme dans un moulin, mais on en sort sans aucun pain, même pas un peu de farine. Tout est déjà partit.
Dans l’une de ses rues de cet étrange monde, il y a un saloon, avec, dans le comptoir, une bouteille de soda pas fraiche. La dernière de la ville, et c’est Stilman qui l’a trouvé. Par contre, inutile de rêver, il n’y a plus de paille.
La ville est morte, la troupe n’a fait que la traverser, et il les rattraperait plus tard, mais il savoure ce petit moment de paix, aussi simple qu’un silence en dégustant une limonade dans un saloon vide.
Et puis le silence devient mortel, et il ne demande pas son reste pour déguerpir et rejoindre la colonne militaire au plus vite avant la nuit.

lulublue a écrit :

Under African Skies

Joseph était la nouvelle recrue du 22ème, et il faut dire qu’il dénotait. Stark ne l’avait pas remarqué, il y voyait juste un homme sur un cheval, et ça lui suffisait amplement.
Beaucoup de soldats murmuraient dans les rangs, des paroles pas tout à fait en adéquation avec les valeurs pour lesquelles ils étaient sensés se battre.
Blutch restait silencieux, et Chesterfield trouvait ça suspect.
« J’aimerais vraiment savoir à quoi vous pensez.
-A Joseph. On l’a envoyé au 22ème pour le punir, c’est évident. »
Le Sergent grimaça. « Il a eu de l’audace, à ce qu’il parait. Il a quitté son unité, a demandé un cheval et a fait un petit numéro…
-Cela me rappelle deux imbéciles.
-Et on lui fait payer son audace.
-C’était nous, les imbéciles. »
Blutch se tourna une nouvelle fois vers le visage de Joseph, qui était aussi noir que la nuit et ne laissait transparaître aucune peur.
« Si il s’en sort, j’imagine qu’on reconnaitra sa bravoure.
-Ou qu’on le prendra pour un lâche.
-Plus probablement. »

lulublue a écrit :

Homeless

L’infirmerie : Un médecin débordé, même pas chirurgien. Avec un peu de chance, il a de l’alcool pour désinfecter. Des blessés partout, qui gémissent, qui hurlent, et il y a même quelqu’un qui pleure des « pourquoi ? » sans interruption. Des bandages, ah, non, il n’y en a plus, des lambeaux de chemise alors. Du sang, séché, frais, dégoulinant, suintant, collant, craché, tachant. Des plombs, qui font « ding » quand on les fait tomber dans une petite coupe en métal. Les fous.
Moi et mon moignon sur la paillasse. Et Ambrose qui ne vient même pas me voir.

lulublue a écrit :

Crazy Love Vol II
C’est un sale type avec les soldats de l’Union. Je veux dire, je suis un confédéré, un geôlier tout comme lui, mais même moi ça me dégoute ce qu’il fait. Et vous savez, le pire, avec Cancrelat, c’est que ça le fait rire, et il rit de ses blagues.
Enfin, sauf une fois… C’est vrai que tu n’étais pas encore là. Je t’ai raconté, l’autre fois à Robertsonville, quand ces deux types lui ont rendu la monnaie de sa pièce ? Ah ! Cette fois-là, c’était à lui d’avoir une mauvaise blague.

lulublue a écrit :

That was your mother
Il faisait chaud, beaucoup trop chaud. A Fort Bow, ils avaient connu la chaleur, le soleil qui tape et les coups de soleil – surtout Chesterfield, pour les coups de soleil. Mais en Louisiane, c’était l’humidité qui sapait leur moral d’espion du dimanche.
A la sortie de l’église, dans un coin de Lafayette, ils se tenaient debout pour repérer… Eh bien, on leur avait dit que Lee venait à la messe ici, peut-être qu’ils pourraient le suivre et essayer de savoir ou il était caserné dans cette ville. Le reste du job, ce n’était pas pour eux.
Blutch évoqua les sodas de Stilman, et Chesterfield jura.
Une fois de plus, choux blanc : Lee était insaisissable, et, s’ils s’en sortaient sans fièvre – ces fichus moustiques ! Ils recevraient un savon d’Alexander.
« Hum, sinon, j’ai une idée.
-Non, Blutch.
-On n’a pas encore exploré le bayou.
-… Non. »

lulublue a écrit :

All around the world or the Myth of fingerpriends

Continuer à bouger, toujours, c’était sa vie, et, cela tombe bien si on veut élever des chevaux qui, un jour, avait été sauvages. Sur un petit surplomb, il pouvait observer le troupeau, et surtout garder un œil sur les juments qui devraient bientôt mettre bas. Il y aurait bientôt un petit poulain ou une petite pouliche qui pourra se targuer d’avoir Arabesque comme grand-mère, même si elle avait rejoint depuis longtemps les plaines du grand manitou.
Il refit le chemin à prendre le lendemain en suivant la carte avec son index. Si tout allait bien, ils s’arrêteraient dans un ancien QG de l’armée – laquelle ? Mystère. Ils avaient l’habitude d’y faire une longue halte en cette période de l’année.
« Tu veux un peu de café ? Il n’y en a plus beaucoup, il est un peu pâle, je te préviens.
Blutch se retourna sur Chesterfield qui tenait une bouilloire fumante d’une main et deux tasses de l’autre.
« Avec un peu de chance, il y aura du café frais dans la ville à côté du poste abandonné. J’irais en acheter.
-Du moment que tu n’en profites pas pour déserter.
-Arrête de dire des bêtises, et sers-moi une tasse. »



Voilà! dans l'ordre, les phrases inspirantes:

-The way we look to a distant constellation
-My traveling companion is nine years old
-That’s a thing that I keep In the back of my head
-You don't feel you could love me But I feel you could
-She's a rich girl She don't try to hide it
-It's a street in a strange world
-Joseph's face was black as night
-Somebody cry why, why why?
-This time the joke is on me
-Well, I'm standing on the corner of Lafayette
-There's a former army post abandoned

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#19 2016-09-06 16:57:01

stefounet
Caporal

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Textes toujours aussi bien smile

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#20 2016-09-07 16:48:36

stefounet
Caporal

Re : Un bouquet de bleuets [recueil de fics]

Et au final lulublue, si tu veux lire (et critiquer) mes textes, tu peux wink Je les postes sur mon blog (sur mon profil) Mais vu qu'ils n'ont rien à voir avec les tuniques bleues je ne pense pas les postés ici. smile

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